Ce dimanche 25 octobre, à 3 heures du matin, les horloges ont reculé d’une heure. Une heure de sommeil en plus, des matins plus clairs, mais aussi la nuit qui tombe avant 18 heures. Comme chaque automne, le passage à l’heure d’hiver relance les mêmes questions : à quoi sert ce changement, pourquoi l’Europe n’arrive pas à l’abandonner, et comment éviter d’être décalé toute la semaine ? Vous allez voir que la Suisse a une histoire bien à elle avec l’heure d’été.
Ce qui a changé cette nuit
Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, à 3 heures, il est redevenu 2 heures. La Suisse est ainsi revenue à son heure « normale », l’heure d’Europe centrale (UTC+1), qu’on appelle familièrement l’heure d’hiver. Elle la gardera jusqu’au dimanche 28 mars 2027, où il faudra avancer les montres d’une heure.
Si votre téléphone et votre ordinateur se sont réglés tout seuls, pensez au reste : le four, la voiture, le radio-réveil, la montre et la petite horloge de la cuisine qu’on oublie à chaque fois.

Pourquoi change-t-on d’heure ?
L’idée est ancienne. Elle est appliquée à grande échelle pour la première fois pendant la Première Guerre mondiale, pour économiser le charbon. Mais c’est le choc pétrolier de 1973 qui la remet au goût du jour en Europe. Le principe : décaler les horaires d’une heure en été pour profiter de la lumière naturelle le soir et réduire la consommation d’électricité pour l’éclairage. La France l’adopte en 1976, puis la plupart des pays européens suivent.
Aujourd’hui, l’argument des économies d’énergie ne tient plus vraiment. Avec les ampoules LED et le chauffage ou la climatisation qui pèsent bien plus lourd que l’éclairage, les gains sont jugés très faibles par la plupart des études. Si l’on change encore d’heure, c’est surtout pour rester synchronisés avec nos voisins.
La Suisse, l’île qui avait dit non
Chez nous, l’histoire est particulière. En 1977, le Conseil fédéral propose une loi qui lui permettrait d’introduire l’heure d’été, comme le font déjà la France et l’Italie. Le Parlement l’accepte, sans grand enthousiasme. Mais un groupe de jeunes paysans zurichois lance le référendum. Leur argument : les vaches ne savent pas lire l’heure. Changer les horaires de traite et de travail aux champs perturberait les animaux et le rythme de vie à la campagne.
Le 28 mai 1978, le peuple leur donne raison : la loi est rejetée par 52,1 % des votants. Seuls six cantons disent oui, et Genève est le plus enthousiaste, avec 78 % de oui.
Le problème arrive deux ans plus tard. En 1980, l’Allemagne et l’Autriche passent à leur tour à l’heure d’été. La Suisse se retrouve seule au milieu de l’Europe, avec une heure de décalage l’été par rapport à tous ses voisins. Les horaires des trains internationaux, des vols et des échanges commerciaux deviennent un casse-tête. Le Conseil fédéral revient alors avec un nouveau projet, que le Parlement adopte, et cette fois, aucun référendum ne vient le contrer. Depuis 1981, la Suisse change d’heure avec le reste de l’Europe.
Le débat n’a jamais vraiment disparu. Plusieurs interventions au Parlement ont demandé la fin du changement d’heure, sans succès. La position du Conseil fédéral reste la même : la Suisse suivra ce que décidera l’Union européenne, pour ne pas se retrouver à nouveau isolée.
L’Europe veut arrêter… mais ne sait pas comment
Justement, où en est l’Europe ? En 2018, la Commission européenne a lancé une grande consultation en ligne. Plus de 4,6 millions de personnes y ont répondu, et 84 % se sont prononcées pour la fin du changement d’heure. Dans la foulée, la Commission a proposé d’y mettre fin, et le Parlement européen a voté en ce sens en mars 2019.
Depuis, le dossier est bloqué au Conseil de l’Union européenne, qui réunit les gouvernements des pays membres. Le principe ferait presque l’unanimité, mais la question qui fâche reste entière : faut-il garder l’heure d’été ou l’heure d’hiver toute l’année ? Les pays du nord et du sud, de l’est et de l’ouest n’ont pas le même intérêt, et personne ne veut d’un patchwork de fuseaux horaires au cœur de l’Europe. En 2026, la Commission a lancé une nouvelle étude sur les conséquences d’un abandon, attendue d’ici la fin de l’année. En attendant, rien ne change : les horloges continueront de tourner deux fois par an.
Côté scientifique, les chronobiologistes, les spécialistes de notre horloge interne, ont un avis assez tranché. Si l’on doit choisir, ils plaident en majorité pour l’heure d’hiver permanente, plus proche de l’heure du soleil. L’heure d’été toute l’année signifierait des matins très sombres en hiver, avec un lever du jour vers 9 heures en décembre dans une bonne partie de la Suisse.

Comment aider son corps à s’adapter
Bonne nouvelle : le passage à l’heure d’hiver est le plus facile des deux. On gagne une heure, et l’on se rapproche de l’heure solaire. Pour la plupart des adultes, quelques jours suffisent. Mais les jeunes enfants, les adolescents, les personnes âgées et ceux qui travaillent de nuit peuvent mettre plus de temps à retrouver leur rythme. Voici quelques conseils simples.
Prenez la lumière le matin. C’est la lumière du jour qui remet notre horloge interne à l’heure. Ouvrez grand les rideaux au réveil, prenez votre café près d’une fenêtre ou faites quelques minutes de marche dehors avant le travail.
Ne vous couchez pas trop tôt. Ces premiers soirs, votre corps pense qu’il est une heure plus tard. Plutôt que de vous forcer à dormir, attendez les premiers signes de fatigue, sous peine de tourner en rond dans votre lit.
Gardez des horaires réguliers. Levez-vous à la même heure chaque jour, y compris le week-end, et gardez des repas à heures fixes. C’est le meilleur moyen de stabiliser votre rythme.
Coupez les écrans avant de dormir. La lumière des téléphones et des tablettes retarde l’endormissement. Une heure sans écran avant le coucher, un livre ou un peu de musique, et le sommeil vient plus vite.
Bougez, mais pas trop tard. Une activité physique en journée aide à bien dormir, mais évitez le sport intense dans les deux heures qui précèdent le coucher.
Pour les enfants, allez-y en douceur. Si votre enfant se réveille à 6 heures au lieu de 7, décalez son coucher et ses repas d’un quart d’heure tous les deux ou trois jours, jusqu’à retrouver son rythme habituel. Les bébés et les tout-petits peuvent mettre une à deux semaines à s’adapter.
Pensez aussi aux animaux. Chiens et chats n’ont pas de montre, mais ils ont un estomac très ponctuel. Décalez progressivement l’heure de leurs repas et de leurs promenades.
Et le moral ?
Le vrai défi de l’heure d’hiver n’est pas l’heure perdue ou gagnée, mais la nuit qui tombe tôt. Avec moins de lumière le soir, certaines personnes ressentent de la fatigue, une baisse d’énergie ou un petit coup de blues. Profitez au maximum de la lumière de la pause de midi, sortez dès qu’un rayon de soleil apparaît, et gardez des activités qui vous font du bien. Si la déprime s’installe durablement, parlez-en à votre médecin.








