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LA TÉLÉ DES 90's - 1997 Buffy contre le vampires
today28/05/2026
Disponible depuis le 22 mai 2026 sur Netflix, la comédie Ladies First était l’un des projets les plus intrigants du printemps. Porté par un duo pour le moins inattendu — l’agitateur Sacha Baron Cohen et la toujours très classe Rosamund Pike —, le long-métrage s’attaque de front aux stéréotypes de genre à travers une inversion des rôles radicale. Réalisé par Thea Sharrock (Wicked Little Letters), ce film troque l’humour en caméra cachée habituel de l’acteur britannique pour une comédie de studio traditionnelle, adaptée d’un succès francophone bien connu. Alors, pari réussi ou fausse bonne idée ? Décryptage complet.
Le scénario de Ladies First s’inspire directement du film français d’Éléonore Pourriat, Je ne suis pas un homme facile(2018). L’histoire suit Damien Sachs (Sacha Baron Cohen), un cadre supérieur d’une agence de publicité londonienne, richissime, arrogant et profondément misogyne. Après avoir injustement évincé sa collègue Alex Fox (Rosamund Pike) et s’être copieusement moqué des femmes, Damien percute violemment un lampadaire dans la rue et s’évanouit.
À son réveil, le monde a basculé : les femmes occupent toutes les positions de pouvoir, adoptent des comportements de « mâles alphas » et dominent la société. À l’inverse, les hommes y sont relégués au rang de « sexe faible », soumis aux injonctions esthétiques (épilation obligatoire, tenues soignées) et au harcèlement ordinaire au bureau. Pour espérer retrouver sa place et décrocher le poste de CEO, Damien va devoir naviguer dans cette réalité alternative où sa survie dépend désormais d’Alex, devenue sa supérieure hiérarchique impitoyable.
Sur le papier, le concept offre un miroir social puissant pour dénoncer le patriarcat et le sexisme ordinaire en entreprise. En inversant les codes (des expressions comme fatherfucker ou drama king, les hommes réduits à faire la cuisine ou à intenter des procès pour harcèlement mineur), le film tente de rendre tangibles les obstacles systémiques auxquels les femmes font face au quotidien.
Cependant, l’analyse sociale de Ladies First pèche par un manque de renouvellement. Là où le film original apportait une certaine fraîcheur, cette version 2026 utilise des ficelles très lourdes et des stéréotypes inversés un peu datés. Le long-métrage passe à côté des dynamiques plus sombres et complexes de la « manosphère » actuelle pour se concentrer sur des gags visuels (comme les séances d’épilation douloureuse de Damien). Le traitement reste très axé sur la comédie d’entreprise des années 80, ce qui atténue la portée politique et critique du propos.
La distribution du film réunit pourtant ce que le cinéma anglo-saxon fait de mieux. Malheureusement, la greffe a du mal à prendre entre les deux têtes d’affiche. Sacha Baron Cohen, habitué à des rôles de composition extrêmes ou à la satire pure, semble ici à l’étroit dans le costume de Damien Sachs. Son jeu oscille entre un cabotinage excessif au début et un manque de charme flagrant lorsqu’il est censé s’adoucir.

Face à lui, Rosamund Pike s’en sort nettement mieux. L’actrice de Gone Girl et I Care a Lot est parfaitement castée en femme d’affaires impitoyable et dominatrice. Elle apporte une froideur et une autorité naturelle qui sauvent plusieurs scènes du naufrage, même si l’alchimie romantique avec son partenaire reste quasi inexistante. Le reste du casting offre de jolis caméos britanniques, notamment Emily Mortimer, Fiona Shaw, Richard E. Grant et Charles Dance, qui s’amusent visiblement à inverser les rôles de pouvoir traditionnels, apportant une bouffée d’air frais à l’ensemble.
Coproduit par 3dot Productions et distribué exclusivement par Netflix, Ladies First a bénéficié d’un budget confortable estimé à 35-40 millions de dollars. Ce budget s’explique par un casting trois étoiles et un tournage basé au Royaume-Uni sous la direction de Thea Sharrock.
Techniquement, le film est propre, adoptant la charte esthétique colorée et standardisée des productions originales Netflix. La bande originale d’Atli Örvarsson et la photographie de Haris Zambarloukos sont soignées, mais la réalisation manque cruellement d’audace visuelle pour un film censé dépeindre un monde parallèle dystopique. Le montage de 93 minutes maintient un rythme rapide, mais donne parfois l’impression d’enchaîner des sketchs thématiques plutôt que de construire une véritable progression narrative.
Dès sa sortie, le couperet est tombé. Ladies First s’impose comme l’un des premiers gros gadins critiques de l’année 2026 pour la plateforme.
Les critiques internationales se montrent particulièrement sévères. Sur Rotten Tomatoes, le film stagne sous la barre des 30% d’opinions positives. Des médias comme The Guardian n’ont pas mâché leurs mots, qualifiant l’œuvre d’« expérience de pensée terriblement pas drôle » et de gâchis criminel de talents. La presse reproche au film de marteler le même gag en boucle sans jamais rien apporter de fin ou de pertinent aux débats actuels sur le sexisme.
Du côté des abonnés Netflix, si le film s’est rapidement hissé dans le Top 10 mondial par simple curiosité, les retours des utilisateurs sont très mitigés. Beaucoup pointent du doigt l’humour répétitif et une fin prévisible. Certains sauvent néanmoins quelques répliques bien senties (notamment une discussion mordante sur la fragilité de l’anatomie masculine), mais le consensus général évoque un « brain smoother » — un divertissement aussitôt vu, aussitôt oublié.
En conclusion, Ladies First rate le coche de la grande satire féministe qu’il ambitionnait d’être. Malgré un concept fort et une Rosamund Pike solide, le film s’embourbe dans des clichés grossiers et confirme la passe difficile que traverse la carrière de Sacha Baron Cohen dans le registre de la comédie de studio. Un divertissement pop-corn à regarder un dimanche pluvieux, mais qui ne laissera pas une grande empreinte dans l’histoire de la plateforme.
Écrit par: Raoul Lionel
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