CINEMA

Christian Berrut et Christine Aymon : Quand l’art devient un souffle de survie

today05/05/2026

Arrière-plan
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Le monde de l’art et celui du cinéma se rejoignent parfois pour donner naissance à des œuvres qui transcendent le simple divertissement pour toucher à l’universel. C’est précisément ce que propose Christian Berrut avec son nouveau documentaire, « Christine Aymon, de l’ombre à la lumière ». Dans un entretien exclusif accordé au podcast Helveticum, In Helvetia Veritas, le réalisateur s’est confié sur les coulisses de ce projet hors normes, sur sa rencontre avec une artiste incandescente et sur sa propre trajectoire de vie, marquée par une transition audacieuse de la médecine vers le septième art.

L’urgence de créer : La nécessité impérieuse de Christine Aymon

Installée à Vérossaz, dans le calme majestueux du paysage valaisan, Christine Aymon n’est pas une artiste comme les autres. Ses sculptures ne sont pas de simples objets décoratifs ; elles sont les témoins d’un combat intérieur, d’une lutte pour l’existence. Comme le souligne Christian Berrut, l’art est pour elle une manière de vivre, une condition sine qua nonà sa présence au monde. « Si je n’avais pas eu l’art, je serais morte », confie-t-elle au début du film.

christine Aymon
Avant-premières en présence du réalisateur et de l’artiste le 8 mai à Monthey (VS), le 11 mai à Sierre (VS), le 29 mai à Delémont (JU)

Cette intensité est palpable dès les premières images du documentaire. On y découvre un univers où les arbres mesurent plus de six mètres de haut et où la matière semble porter les secrets de plusieurs vies. L’artiste plasticienne utilise le bois, le fer, et bien d’autres matériaux pour répondre à une « nécessité impérieuse d’exister ». Pour le spectateur, le voyage commence dans l’ombre des doutes et des traumatismes passés, pour s’élever progressivement vers une lumière salvatrice.

« Plus on creuse, plus on trouve qu’elle exprime les réalités de chacun, les craintes de chacun… Avec elle, on partage le plus profond de son humanité. » – Christian Berrut.

Un défi technique et émotionnel : L’Arbre de Vie

L’un des points d’orgue du film est la création de l’Arbre de Vie, une sculpture monumentale de 6,52 mètres. Un défi logistique immense : faute d’un atelier assez haut, l’artiste a dû construire son œuvre par sections, ne découvrant le résultat final qu’au moment de l’assemblage dans la halle d’exposition. Le réalisateur raconte avec émotion ce moment de tension où, après des mois de travail acharné, les pièces se sont enfin rejointes.

Mais au-delà de la prouesse technique, Christian Berrut a cherché à filmer l’invisible : l’énergie créatrice. Pourquoi consacrer autant de force à des œuvres que l’artiste elle-même qualifie parfois d' »invendables » ? C’est ici que réside le cœur du documentaire. Il ne s’agit pas de commerce, mais de transmission et de générosité. Le film capture la vivacité étincelante de Christine Aymon, une femme qui, malgré les épreuves, reste tournée vers l’autre.

Christian Berrut : Le regard d’un médecin devenu cinéaste

L’histoire derrière la caméra est tout aussi fascinante que celle qui se joue devant. Christian Berrut n’a pas toujours été derrière l’objectif. Ancien médecin, il a attendu le moment opportun pour réaliser son rêve de jeunesse. Lors de son passage dans le podcast Helveticum, In Helvetia Veritas, il a partagé une anecdote touchante : à 22 ans, étudiant en médecine, il avait dû choisir entre acheter sa première caméra Super 8 ou manger pendant les six mois suivants. « J’ai été très lâche », s’amuse-t-il, « j’ai choisi de manger ».

C’est cette patience et cette expérience de vie qui nourrissent aujourd’hui son regard de cinéaste. Son approche est empreinte de l’empathie propre au praticien, créant un climat de confiance mutuelle qui permet à ses sujets de se livrer sans fard. Cette sensibilité se retrouve également dans le choix de ses collaborateurs. Pour la musique de ce film, il a fait appel à sa fille, Béatrice Berrut. Pianiste de renommée internationale, elle a su traduire en notes l’atmosphère presque mystique qui émane de l’atelier de Christine Aymon.

L’universalité de la résilience : Un message pour tous

Bien que le film soit profondément ancré dans le territoire helvétique, son message est universel. À travers le portrait de cette plasticienne, Christian Berrut nous interroge sur nos propres capacités de résilience. Comment transformer nos démons internes en une ouverture vers les autres ? Comment trouver, nous aussi, notre propre « lumière » ?

Le documentaire ne se contente pas de montrer des œuvres ; il montre un cheminement humain exemplaire. C’est un film de montage, de patience, où chaque séquence de tournage — il y en a eu trente au total — a permis d’approfondir le dialogue et de révéler la profondeur d’une femme exceptionnelle.

© MOA Films

Projets futurs : De la sculpture à la danse

Le réalisateur ne s’arrête pas là. Alors que « De l’ombre à la lumière » s’apprête à rencontrer son public, Christian Berrut travaille déjà sur son prochain projet. Une autre histoire de corps et d’âme : celle d’une physiothérapeute qui redonne le goût de la danse à des personnes en chaise roulante. Une preuve supplémentaire que le cinéaste reste fidèle à son fil rouge : filmer la force de la volonté humaine et la beauté des rencontres improbables.

À découvrir en salles dès le 8 mai

Ne manquez pas les avant-premières en présence de Christian Berrut et Christine Aymon :

  • Monthey : Vendredi 8 mai à 18h au Cinéma Plaza.
  • Sierre : Lundi 11 mai au Cinéma du Bourg.
  • Delémont : Mercredi 29 mai.

Pour tous ceux qui s’intéressent à l’art contemporain, au cinéma documentaire ou simplement aux grandes histoires de vie, ce film est un rendez-vous incontournable. Christian Berrut signe ici une œuvre sensible qui restera longtemps en mémoire, nous rappelant que l’art est peut-être, finalement, la forme la plus pure de la liberté.

Écrit par: Maurizio Iulianiello