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Helveticum #14 : Aurore et Loïc – « Raconte-moi » : deux voix, un premier album en français biboo.ch
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Thierry Savary sort « Nouveau Paradis », l’occasion de le faire passer de l’autre côté du micro Maurizio Iulianiello
today29/09/2026
Écrire en français, prendre le temps de soigner chaque mot et sortir un album entier de chansons pop francophones en 2026 : le pari peut sembler à contre-courant. C’est pourtant celui qu’ont relevé Aurore et Loïc avec « Raconte-moi », leur premier album commun, sorti le vendredi 25 septembre dernier. Dans le podcast Helveticum, le duo romand s’est confié sur sa rencontre, sa méthode d’écriture et sa vision de la scène musicale suisse. Voici ce qu’il faut retenir d’un projet aussi sincère que bien entouré.
Tout commence il y a trois ans, à Montreux. Aurore et Loïc s’inscrivent à la même formation de chant et de développement scénique. Au fil des exercices proposés pour les pousser sur scène, les élèves doivent aller jusqu’à écrire une comédie musicale. C’est là que les deux artistes se lancent un défi : composer ensemble des chansons pour ce spectacle.
La collaboration se révèle « intéressante et fructueuse », selon Loïc. Assez pour leur donner envie d’aller plus loin. Le titre « On s’évapore », écrit pour cette comédie musicale, deviendra d’ailleurs l’une des pièces de l’album.

Leur première vraie étincelle scénique ? Une reprise d’une chanson de M, interprétée lors d’un concert de l’école. Parmi une dizaine d’élèves, chacun choisissait ses partenaires de duo. Eux se sont choisis. « On avait trop de plaisir », se souvient Aurore, évoquant les après-midi de répétition chez Loïc. Des goûts musicaux communs, notamment un attachement profond à Francis Cabrel et Alain Souchon, ont rapidement scellé leur entente.
Loïc a grandi entouré de musiciens : une mère pianiste, un frère violoniste et un grand-père violoncelliste qu’il suivait enfant de salle de concert en salle de concert. La musique ne s’est jamais présentée comme un choix, mais comme une évidence. Pourtant, il ne commence véritablement à composer que vers 25 ans, poussé par un professeur de guitare qui lui répète qu’il n’y a « pas de juste ou de faux » et qu’une chanson doit marquer une période de vie.
Particularité rare : Loïc mène sa carrière musicale en parallèle de son métier de policier, exercé depuis vingt ans. Loin d’être contradictoires, ces deux vies s’équilibrent. D’un côté, un cadre réglementé, presque militaire. De l’autre, un espace de liberté totale où la seule règle est d’être soi-même. Son employeur, précise-t-il, soutient pleinement cette visibilité.
Pour Aurore aussi, tout part de la famille. Son père et ses cinq frères et sœurs sont tous musiciens : lors des fêtes, les guitares sortent et quelqu’un se met au piano. Elle a pratiqué le violon pendant dix ans avant de se tourner vers le chant, là où elle a rencontré Loïc. Lors de sa première visite à une fête de la famille de Loïc, elle a eu l’impression de retrouver la sienne.
Aurore a également participé à une semaine de résidence d’écriture réservée à neuf artistes sélectionnés sur dossier, encadrée notamment par le duo Aliose. Le conseil qui l’a marquée : aborder une chanson comme un véritable texte narratif, avec une histoire, sans redondance ni répétition inutile.
Le processus d’écriture du duo n’a rien de figé. « On s’évapore » est né dans la contrainte d’une commande, au prix d’un travail long et exigeant. Les titres suivants sont venus plus naturellement : un fragment de texte d’Aurore pour « Raconte-moi », un refrain que Loïc avait en poche pour un autre morceau, puis une guitare et du feeling.
Loïc le reconnaît : si une chanson avait été écrite une semaine plus tard, elle aurait eu une tout autre couleur. Le duo n’a d’ailleurs pas encore écrit une chanson « 100 % Aurore et Loïc » partie d’une page blanche commune. Une perspective qui promet pour la suite.
La complémentarité est frappante. Aurore, plutôt axée texte et mélodie, trouve en Loïc un guitariste capable d’habiller instantanément ce qu’elle fredonne. En retour, elle a adopté l’une de ses habitudes : garder l’ordinateur ouvert pour consulter des listes de synonymes et de rimes, une astuce qui débloque bien des vers.
Et les désaccords ? Ils portent tout au plus sur un mot. « On ne va pas s’accrocher à un mot », résume Loïc. Selon lui, les vraies sources de tension d’un album se trouvent ailleurs : dans l’administratif, qui représente une charge de travail considérable.
Au départ, Loïc prévoyait un projet solo, avec Aurore en invitée sur un ou deux titres. Mais les chansons communes se sont multipliées, Aurore avait aussi ses propres compositions, et l’évidence s’est imposée : ce serait leur album à tous les deux. On y trouve donc des duos et des titres solo, répartis sans calcul.
L’idée du titre est née un soir, chez le producteur de l’album : elle lui raconterait ses chansons, il lui raconterait les siennes. « Raconte-moi » s’adresse ainsi autant au public qu’à eux-mêmes, et relie chaque morceau par un fil conducteur.

Si vous ne deviez écouter qu’un titre, le duo recommande sans hésiter « Raconte-moi ». C’est le duo le plus travaillé à deux, celui qui incarne le mieux l’album. Sa première phrase évoque les étés que Loïc passe en famille à Porquerolles depuis quarante ans. La chanson parle de cette envie d’entendre les histoires des autres, de vivre à travers leurs souvenirs et de les partager.
C’est l’un des atouts majeurs de l’album. La production est signée Michel-Yves Kochmann, guitariste de longue date d’Alain Souchon, que Loïc a rencontré il y a dix ans lors d’un « coup de foudre artistique » devenu une amitié. Grâce à son carnet d’adresses, le duo a pu s’entourer de musiciens comme les batteurs Jean-Philippe Fanfant et Christophe Deschamps, ce dernier ayant accompagné Jean-Jacques Goldman. Le mixage a été confié à Yves Jaget.
« Chaque artiste aimerait pouvoir travailler avec les meilleurs », note Loïc, qui y voit avant tout une chance rare.
Pour Aurore et Loïc, chanter en français est à la fois naturel et un luxe. Parce que la musique n’est pas leur métier principal, ils ne sont pas tenus d’écrire en anglais pour viser l’international, ni de produire des titres « consommables rapidement ». Ils peuvent se permettre des textes qui demandent au public de s’y plonger. Revers de la médaille : le sentiment que la chanson à texte devient de plus en plus une niche.
Le duo salue les nombreux soutiens existants : dispositifs d’émergence, podcasts, rotation sur les radios nationales, présence d’artistes romands comme Aliose aux Victoires de la Musique. Mais il observe un paradoxe : malgré ces structures, beaucoup d’artistes suisses peinent à vivre de leur art. Leur hypothèse ? Peut-être un manque de culot, cette réserve très helvétique qui pousse à « faire sa petite musique dans son coin ». Sans oublier la difficulté d’entrer en radio en France, même avec un producteur réputé.
Patience si vous souhaitez les voir sur scène. Des dates se profilent pour décembre, puis début 2027, période où devrait aussi avoir lieu le vernissage officiel de l’album. Entre-temps, Aurore sera à l’affiche de la comédie musicale « Sister Act » au Théâtre Barnabé, de novembre à fin mars. Le duo préfère prendre le temps de préparer un live à la hauteur, un autre de ces luxes qu’il assume pleinement.
« Raconte-moi » est bien plus qu’un premier album : c’est le récit d’une rencontre, d’une complicité et d’un attachement sincère à la chanson française. Si vous aimez Souchon, Cabrel et les textes qui se savourent, laissez-vous raconter leurs histoires.
Écrit par: Maurizio Iulianiello
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