CINEMA

Le Diable s’habille en Prada 2 le 29 juillet sur Disney+ : Miranda Priestly a-t-elle perdu ses griffes ?

today08/07/2026

Arrière-plan
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Vingt ans. Il aura fallu attendre deux décennies pour que les portes de la rédaction de Runway se rouvrent enfin. Pour les amoureux de cinéma et de pop culture, le film original de 2006 reste une référence absolue, une comédie piquante et stylée qui a marqué toute une génération.
Sorti sur grand écran au printemps dernier, Le Diable s’habille en Prada 2 s’apprête à s’installer directement dans nos salons avec son arrivée sur Disney+ ce 29 juillet 2026. L’occasion parfaite pour poser un regard posé, loin du tumulte des salles obscures, sur cette suite tant attendue. Pourtant, après analyse, le constat s’avère bien plus complexe qu’une simple mise à jour de garde-robe. Derrière le plaisir évident de revoir des visages familiers, une question me taraude : qu’est devenue la terreur absolue des podiums ?
Entre nostalgie, casting impérial et choc culturel avec notre époque, plongée dans les coulisses d’un retour qui fait déjà couler beaucoup d’encre.

La genèse d’une suite inattendue : deux décennies de rumeurs et de désirs

Pendant des années, imaginer une suite au chef-d’œuvre de David Frankel relevait du mirage hollywoodien. L’autrice Lauren Weisberger avait bien publié un second roman, mais les actrices principales se montraient frileuses à l’idée de revenir, craignant de briser la magie du premier opus. C’est finalement sous l’impulsion des studios et de la scénariste originale, Aline Brosh McKenna, que le projet a discrètement pris forme.
L’idée centrale était de confronter le monde de la mode traditionnelle, papier et élitiste, aux réalités économiques et technologiques contemporaines. Un défi de taille pour un film dont le charme reposait précisément sur l’excès, le cynisme pailleté et l’insolence assumée du milieu des années 2000. Le feu vert a été donné avec la promesse de réunir l’équipe historique qui avait fait le succès planétaire du premier long-métrage.

Un casting impérial qui n’a rien perdu de sa superbe à l’écran

C’est le point fort indiscutable de cette suite. Revoir Meryl Streep arborer le brushing parfait et le regard glacial de Miranda Priestly procure un frisson nostalgique immédiat. À ses côtés, Emily Blunt reprend le rôle d’Emily Charlton avec cette énergie nerveuse qui la caractérise si bien, tandis qu’Anne Hathaway, en Andy Sachs devenue une journaliste d’investigation respectée, apporte la maturité nécessaire au récit.
La dynamique entre les trois actrices fonctionne toujours à merveille, et leur complicité à l’écran crève les yeux dans chaque scène. Stanley Tucci est également de la partie, fidèle au poste pour apporter sa touche d’élégance et d’ironie dans le rôle de Nigel. Sur le plan de l’interprétation, le contrat est plus que rempli : les acteurs habitent leurs personnages avec une aisance remarquable, comme s’ils ne les avaient jamais quittés.

L’intrigue : Un retour forcé aux sources pour sauver l’empire Runway

Sans vous divulgâcher les nombreux rebondissements de cette suite, l’histoire s’articule autour d’un véritable choc des cultures et des générations. Vingt ans après avoir claqué la porte du magazine, Andy Sachs a fait son chemin dans le journalisme de haut niveau. Mais le destin, ou plutôt une crise majeure secouant le groupe Elias-Clarke, la pousse à croiser de nouveau la route de son ancienne patronne. Miranda Priestly se retrouve en effet grandement fragilisée par l’évolution d’une industrie désormais dictée par les réseaux sociaux, les formats courts et les exigences strictes des ressources humaines.

Le Diable s’habille en Prada 2
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Pour redresser la barre et moderniser l’image de la marque, la direction impose le retour d’Andy au sein de la rédaction, au grand dam d’une Miranda plus isolée que jamais. Entre la baisse d’influence de la presse papier, les ambitions d’Emily Charlton (désormais représentante d’une grande maison de couture) et les menaces de restructuration sauvage par de nouveaux gestionnaires, nos héroïnes vont devoir naviguer dans un panier de crabes ultra-moderne où les alliances se font et se défont à coups de millions et de stratégies numériques.

Une réception publique et critique contrastée depuis le printemps

Depuis sa sortie en salles ce printemps, le film suscite des réactions passionnées et un véritable débat générationnel, confirmant son statut d’événement pop-culturel avec d’excellents résultats au box-office mondial. Si le grand public se réjouit de retrouver ces icônes, la critique s’avère plus partagée. Une partie de la presse salue une suite divertissante qui tient ses promesses et met en avant un défilé de costumes somptueux orchestré par la costumière Molly Rogers. En revanche, d’autres titres pointent du doigt un scénario parfois artificiel et, surtout, un adoucissement global de l’ambiance par rapport à la noirceur jubilatoire du premier volet. Les spectateurs de la première heure applaudissent les performances des comédiennes mais regrettent la férocité de l’époque d’origine.

Miranda Priestly a perdu son mordant

C’est ici que le bât blesse, le film a cruellement perdu en mordant. Miranda Priestly est beaucoup moins piquante dans cette suite. Elle a perdu une grande partie de son aura terrifiante, elle est moins cassante, moins imprévisible, moins elle tout simplement. On se rappelle tous ses silences de mort, ses répliques assassines murmurées à l’oreille et son exigence tyrannique qui faisaient tout le sel du film original. Ici, on assiste à une version édulcorée de la papesse de la mode. Elle semble fatiguée d’incarner le monstre sacré, et le scénario la pousse trop souvent sur la défensive, ce qui désamorce sa puissance dramatique légendaire.

Le Diable s’habille en Prada 2
© Tous droits réservés

Le miroir d’une époque : quand l’inclusivité transforme le Diable

Ce changement radical n’est pas le fruit du hasard. Il est directement lié aux mutations profondes de notre société actuelle. Le film se veut beaucoup plus inclusif que le premier, reflétant les standards de production et d’écriture de notre époque. Au fil des scènes, on fait explicitement remarquer à Miranda qu’il y a des choses qu’elle n’a tout simplement plus le droit de dire ou de faire. Les remarques acerbes ou le mépris affiché pour les nouvelles normes de management sont désormais pointés du doigt par de jeunes collaborateurs, et le spectre des plaintes auprès des ressources humaines plane constamment au-dessus de son bureau d’acajou.

C’est là que le film devient intéressant, presque malgré lui. Il offre une belle critique de notre nouvelle société, cette époque ultra-lissée où l’on ne peut plus forcément dire tout haut ce que l’on pense tout bas. En voulant adapter Miranda aux codes de la bienpensance contemporaine, le scénario montre la limite de cet exercice : à trop vouloir lisser les angles pour ne froisser personne, on finit par éteindre les personnalités les plus flamboyantes. Miranda Priestly n’est pas faite pour être inclusive ou bienveillante ; elle est le Diable, et un Diable politiquement correct n’est plus vraiment le Diable.

Au final, ce retour sur Disney+ ce 29 juillet reste un rendez-vous incontournable et un divertissement très agréable pour quiconque aime le cinéma, la mode et ces actrices exceptionnelles. Le film vaut le coup d’œil pour sa réalisation soignée et ses costumes somptueux. Mais il laisse le regret persistant d’une époque cinématographique où l’on osait le politiquement incorrect sans trembler devant les réseaux sociaux ou les comités d’entreprise. Miranda a troqué son cynisme légendaire contre une forme de réalisme moderne, et c’est peut-être ça, le vrai drame de cette suite.

Écrit par: Maurizio Iulianiello