Angèle : « Instinct », le nouvel album qui fait danser et pleurer, ce qu’il faut savoir

17 octobre 20266 min de lecturePar Marine Ulzio

Cinq ans après Nonante-Cinq, Angèle est de retour. Son troisième album, Instinct, est sorti ce vendredi 16 octobre 2026 : treize titres entre français et anglais, des invités de prestige (Justice, Soulwax, Caroline Polachek, SebastiAn) et une chanteuse qui, à 30 ans, assume de ne plus chercher à plaire à tout le monde. Le soir même, elle fêtait la sortie par un concert gratuit sur la Grand-Place de Bruxelles. Voici ce qu’il faut savoir sur ce disque, ce qu’en dit la critique, et quand vous pourrez voir Angèle sur scène en Suisse.

Cinq ans après « Nonante-Cinq », un retour préparé de longue haleine

Pour mesurer ce que représente Instinct, il faut se rappeler d’où vient Angèle. En octobre 2017, une jeune Bruxelloise poste « La Loi de Murphy » et devient, en quelques mois, la nouvelle voix de la pop francophone. Suivent Brol (2018), porté par « Balance ton quoi », « Tout oublier » ou « Jalousie », puis Nonante-Cinq fin 2021, du nom de son année de naissance. Entre-temps, Angèle remplit les plus grandes salles de France et de Belgique et devient l’une des artistes francophones les plus écoutées en streaming.

Puis le silence, ou presque. Angèle dit travailler en studio dès 2025, mais le vrai retour n’est officialisé qu’en février 2026, avec un single qui surprend : « What You Want », enregistré avec Justice, le duo électro français de « D.A.N.C.E. ». Le titre a depuis été certifié single de platine en France. Trois autres extraits ont suivi : « Dis-le » en juin, « Une seule vie » fin août (qui a beaucoup circulé sur TikTok), puis « Love Triangle » fin septembre. L’annonce de l’album et d’une tournée mondiale est tombée le 31 août.

Treize titres, deux langues, une seule boussole

Instinct dure 43 minutes et 47 secondes. Il s’ouvre sur une courte introduction et se referme sur « NYC Blues », le seul titre entièrement en anglais. Voici la liste complète des morceaux :

Le titre de l’album n’a rien d’un hasard. Angèle explique à L’Avenir que le mot « [lui] a servi de boussole pendant toute la création de l’album ». Comme pour Brol, elle a d’abord composé seule, chez elle à Bruxelles, pendant près d’un an, avant d’envoyer ses maquettes à Tristan Salvati, son complice de toujours, avec qui elle coproduit le disque. L’enregistrement s’est ensuite promené entre le studio ICP à Bruxelles, le mythique Electric Lady Studios à New York (fondé par Jimi Hendrix), La Fabrique dans le sud de la France, et des home studios en Suède et en Espagne.

Justice, Soulwax, Polachek : un casting électro de premier plan

C’est la première chose qui saute aux yeux dans les crédits : Angèle a convoqué la fine fleur de l’électro européenne.

  • Justice signe la musique de « What You Want », un déluge de synthés que la critique cite parmi les réussites du disque.
  • Soulwax, c’est-à-dire les frères gantois David et Stephen Dewaele (aussi connus sous le nom de 2manydjs), ont été appelés pour « Trop », un morceau house et bruitiste qu’Angèle voulait faire monter encore d’un cran.
  • Caroline Polachek, figure de la pop expérimentale américaine, chante sur « Love Triangle », produit par le Français SebastiAn (Ed Banger). C’est le titre le plus nocturne et le plus sulfureux de l’album.

On note aussi, au rayon des auteurs, des noms de la pop internationale, comme le Suédois Oscar Holter (« Au revoir ») ou le Britannique Oscar Scheller (« F4ck 4ever »). De quoi parler à un public bien au-delà de la francophonie, sans que l’album renonce pour autant au français, qui reste majoritaire.

Faut-il pour autant parler d’un virage électro ? Angèle nuance : « Je ne dirais pas que l’album est plus électro. En revanche, il est plus radical. » Et elle revendique ce côté festif : « Je n’ai plus envie de m’excuser d’appeler à la fête, à la danse. »

Derrière la fête, un album très intime

Ne vous fiez pas aux beats. Instinct est aussi le disque le plus personnel d’Angèle. Il raconte une femme de 30 ans aux prises avec des chagrins d’amour, des blessures d’enfance et des doutes. La RTBF y entend un album qui « transpire l’amour par tous les pores », et relève l’importance du temps qui passe, notamment dans « Une seule vie ».

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Le morceau le plus bouleversant est sans doute « Je sais », adressé à son père, le chanteur Marka. Angèle y intègre un extrait de la voix de celui-ci, tiré d’une chanson qu’il avait enregistrée à sa naissance. Marka est d’ailleurs crédité comme coauteur. L’album évoque aussi la perte de sa grand-mère.

À la RTS, la chanteuse résume son état d’esprit : à 30 ans, elle sait mieux ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut plus, et la volonté de plaire à tout prix appartient au passé. Elle accepte désormais de prendre des risques.

Que vaut « Instinct » ? Ce qu’en dit la critique

Les premiers avis sont partagés, mais plutôt bienveillants.

  • La RTBF salue un disque qui « déjoue les attentes » et résume d’une jolie formule : « Angèle n’a pas changé sa recette, elle l’a juste fait gratiner. » La critique belge regrette toutefois que « certaines productions très chargées écrasent parfois la délicatesse de son écriture », et juge « Dis-le » comme le morceau le moins abouti.
  • The Guardian y voit un album audacieux mais inégal : les invités ouvrent Angèle à un public plus large, mais certains passages sonnent plus génériques.
  • La RTS parle d’un disque où « Angèle change de dimension, mais pas d’identité », entre ballades intimistes, pop artisanale et productions plus ambitieuses.

Les titres qui reviennent le plus souvent parmi les réussites : « What You Want », « Trop » et « Love Triangle » côté danse, « Je sais » côté émotion. Notre conseil : écoutez l’album dans l’ordre, au moins une fois. Le passage de la fête (« Trop », « What You Want ») à la confidence (« Je sais », « NYC Blues ») fait tout le sel du disque.

Pourquoi c’est un tournant dans la carrière d’Angèle

Brol était l’album de la découverte, Nonante-Cinq celui de la confirmation. Instinct ressemble à celui de l’émancipation. Plus anglophone, plus électro, plus physique, il vise clairement l’international, comme le confirme la tournée qui passera par Montréal, New York, Los Angeles, Londres ou Berlin. Mais il reste profondément belge : la RTBF relève les belgicismes glissés dans les textes, et le franglais y raconte surtout une géographie sentimentale, entre Bruxelles et New York.

Le pari est risqué. Une partie du public qui aimait la pop légère et ironique de « Balance ton quoi » pourrait être dérouté. Mais c’est justement le propos : Angèle dit ne plus vouloir s’excuser. En 2027, cela fera dix ans que « La Loi de Murphy » l’a révélée. Instinct pose les bases de la décennie suivante.

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Angèle en concert : l’Instinct Tour passe par Lausanne

Bonne nouvelle pour le public romand : l’Instinct Tour se termine en Suisse. Après 22 concerts en Europe et en Amérique du Nord, Angèle conclura sa tournée le samedi 6 novembre 2027 à la Vaudoise Arena de Lausanne (Prilly).

Les autres dates marquantes :

  • Reims Arena, 3 mars 2027, pour le coup d’envoi ;
  • Accor Arena de Paris, trois soirs en mars 2027 ;
  • ING Arena de Bruxelles, les 20 et 21 mars 2027, déjà complets ;
  • Bell Centre de Montréal, 17 avril 2027 ;
  • une tournée des Zénith et arénas françaises à l’automne 2027 (Strasbourg, Lille, Nantes, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Lyon).

La tournée est organisée par Live Nation. Les billets sont en vente depuis le 4 septembre 2026 : si vous visez Lausanne, ne tardez pas.

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