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Helveticum #15 : Jake Holland pour Places I'd Like to Return To biboo.ch
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Thierry Savary sort « Nouveau Paradis », l’occasion de le faire passer de l’autre côté du micro Maurizio Iulianiello
today13/10/2026
Il y a des endroits où l’on aimerait retourner : une boulangerie, une rue, une salle de concert. Et puis il y a des périodes de la vie où, même à deux pas de chez soi, ces endroits semblent hors d’atteinte. Le musicien fribourgeois Jake Holland en a fait un disque. Sous le nom de Landing Cliffs, il publie le 23 octobre 2026 son deuxième EP, Places I’d Like to Return To : six titres et un bonus sur sa lutte contre l’anxiété, nés… d’une part de panettone à la pistache. Voici ce qu’il faut savoir sur ce disque, et pourquoi il mérite votre écoute.
« Landing Cliffs, c’est un projet solo de rock alternatif, en tout cas à ce jour, dans lequel j’ai des amis qui m’aident de temps en temps à composer. » C’est ainsi que Jake Holland résume son projet. Installé à Fribourg, il compose et produit presque tout lui-même, puis s’entoure d’amis quand un morceau réclame un élément qui lui manque.
Le nom, lui, est un hommage. Landing Cliffs est le titre qui referme The Wilderness (2016), l’album des Texans d’Explosions in the Sky, l’un des groupes phares du post-rock instrumental. « C’est vraiment un morceau qui me touche énormément », confie Jake dans le podcast Helveticum, In Helvetia Veritas. « Des falaises d’atterrissage, ça peut être plein de belles choses. » Une image qui va bien à sa musique : l’idée d’un endroit où se poser après la chute.

Landing Cliffs s’est fait connaître le 20 octobre 2023 avec un premier EP de quatre titres, More Than Anything, verni dès le lendemain au Nouveau Monde, la salle installée dans l’ancienne gare de Fribourg. « C’est un peu ma deuxième maison », sourit Jake, qui y a donné le tout premier concert de la formation live. Le groupe a ensuite joué au Prémices Festival de Lausanne en mars 2024.
Ce premier disque était essentiellement instrumental, dans la lignée du post-rock qu’il écoutait beaucoup à l’époque. « Je n’ai pas forcément besoin d’avoir du chant pour que ça fonctionne », explique-t-il. Mais sa musique suit ses écoutes, et celles-ci ont changé : Places I’d Like to Return To penche vers le rock alternatif, avec des touches emo, et surtout du chant. Sans renier ses débuts : on y retrouve les textures amples et les montées progressives qui faisaient le charme du premier EP. « Ce n’est pas totalement passé du Coca-Cola non plus », résume-t-il avec humour. Nouveau style, même signature.
L’anecdote est trop belle pour ne pas la raconter. Un jour, Jake achète un panettone vendu avec une pochette de crème à la pistache. Une bouchée, et le voilà ramené dans une boulangerie italienne de Lausanne où il s’arrêtait souvent, notamment avant ses rendez-vous chez le psy, pour un croissant fourré à la pistache.
« Je me suis dit : ça, c’est vraiment un endroit où j’aimerais retourner. » Depuis son installation à Fribourg, et à cause de l’anxiété, il va beaucoup moins à Lausanne. La boulangerie devient alors le symbole de tous ces lieux familiers devenus lointains : des rues, des salles, parfois des villes entières qu’il n’osait plus rejoindre. Le titre de l’EP était trouvé. Et non, il n’y est pas encore retourné, « mais j’y compte bien ».
L’anxiété traverse la musique de Landing Cliffs depuis le début. Quand Jake commence à composer son premier EP, vers 2021, il est « en plein dedans ». Le sujet s’est imposé naturellement, sans calcul.
Il refuse pourtant d’y voir une thérapie. « Je pense que c’est plus une manière de partager ce que je vis. » Ce qui l’aide à rompre l’isolement, c’est plutôt ce qui vient après l’écriture : jouer en groupe, préparer des concerts, devoir sortir de chez soi pour aller jouer ailleurs.
Le deuxième titre de l’EP porte un nom très direct : « Sertraline », celui du médicament que Jake a commencé à prendre en 2025, alors qu’il composait encore le disque. Il en parle avec une franchise rare. Il avait refusé ce traitement quand on le lui avait proposé quelques années plus tôt, par peur. Aujourd’hui, il décrit « un avant et un après » : beaucoup moins d’isolement et l’envie d’aller de l’avant, même si l’effet a pris du temps à venir.
La chanson ne fait pas l’éloge d’un médicament. Elle décrit ce qu’il ressentait au moment de commencer le traitement. Le message qu’il porte en dehors de la musique, auprès de ses amis, est surtout celui-ci : ne pas avoir peur de demander de l’aide, et écouter les professionnels qui vous accompagnent. Chaque situation est différente, et seul un médecin peut dire quel accompagnement vous convient. Jake, lui, espère simplement que certains se reconnaîtront dans ses paroles et se sentiront moins seuls « dans cette galère ».
Si vous traversez une période difficile, vous n’êtes pas seul. Parlez-en à une personne de confiance, à un proche ou à votre médecin. En Suisse, La Main Tendue répond jour et nuit, de façon anonyme et confidentielle, au 143, ainsi que par chat et par e-mail sur 143.ch.
Si Landing Cliffs reste le projet d’un seul homme, Places I’d Like to Return To est aussi une histoire d’amitiés et de collaborations, souvent à distance.
Kevin Galland, à La Chaux-de-Fonds, signe le mix au Studio Mécanique, a enregistré les batteries au Studio de la Fonderie et coproduit le disque. Jake ne le connaissait pas : il l’a contacté parce qu’il aimait le son des albums sur lesquels Kevin avait travaillé. « Je le considère presque comme un ami. »
Émilie Daelemans, à Paris, a de nouveau assuré le mastering, comme pour le premier EP. « Elle avait fait un taf de ouf », dit simplement Jake. Henri Zeiseler, ami de longue date installé à Berlin, joue la basse. Tout s’est fait à distance cette fois, alors qu’il était venu enregistrer en Suisse pour le premier EP. Il signe aussi le titre bonus, « Broken Spring ». Jake Bowden, guitariste de Neyruz, a co-écrit « Lamplight ». Les deux musiciens se sont rencontrés il y a moins de deux ans, un soir où Jake faisait la cuisine pour les artistes comme bénévole dans une salle de concert. « Je m’appelle Jake. — Moi aussi. » Il est depuis devenu l’un de ses meilleurs amis. Ayvee, artiste fribourgeoise, a coaché Jake au chant et enregistré ses voix. « Je ne suis pas chanteur », reconnaît-il : elle l’a surtout aidé à prendre confiance, à oser chanter fort plutôt que murmurer dans sa chambre. Trouver sa voix, il en est convaincu, prendra encore du temps. Samuel Hebting signe la pochette.
Les sept titres de l’EP : « Holes », « Sertraline », « Theme », « Lamplight », « 207 », « Ode to the Summer » et, en bonus, « Broken Spring ». Le premier extrait, « Holes », est déjà disponible.
Le disque se précommande dès maintenant sur la page Bandcamp de Landing Cliffs, en numérique (à partir de 3 CHF) et en vinyle 12 pouces bleu translucide, limité à 50 exemplaires numérotés à la main (à partir de 35 CHF). Un t-shirt « Lamplight » en édition limitée complète l’offre. Vous pourrez aussi l’acheter aux concerts.
Pour fêter la sortie, Landing Cliffs donne son vernissage le mercredi 28 octobre 2026 au Centre Fries, le centre culturel géré par les étudiants de l’Université de Fribourg (rue Guillaume-Techtermann 8). Une petite salle, et c’est voulu : « Ça va être chaleureux, ça va être intime », promet Jake, qui jouera le nouvel EP presque en entier. Un retour sur scène qu’il attend depuis longtemps.
Et s’il ne devait retourner qu’à un seul endroit demain matin ? Ce serait en Angleterre, à ArcTanGent, le festival de post-rock et de math rock près de Bristol, où il était allé en 2019 : « une des meilleures expériences de ma vie ». Il n’a plus quitté la Suisse depuis, mais c’est son prochain projet. On le lui souhaite.
Écrit par: Maurizio Iulianiello
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