CINEMA

The Social Reckoning : Aaron Sorkin rouvre le dossier Facebook, seize ans après The Social Network

today06/10/2026

Arrière-plan
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En 2010, The Social Network racontait la naissance de Facebook et faisait de Mark Zuckerberg un personnage de cinéma. Seize ans plus tard, Aaron Sorkin revient sur les lieux du crime avec The Social Reckoning, en salles dès ce mercredi 7 octobre en France. Cette fois, il ne s’agit plus de savoir qui a inventé le réseau social, mais ce qu’il est devenu. Au cœur du film : Frances Haugen, la lanceuse d’alerte qui a fait trembler Facebook en 2021. Voici ce que vous devez savoir avant d’aller le voir.

Une histoire vraie : l’affaire Frances Haugen

Pour comprendre The Social Reckoning, il faut revenir à l’automne 2021. En septembre, le Wall Street Journal publie une série d’enquêtes baptisée « The Facebook Files ». Signée par le journaliste Jeff Horwitz et ses collègues, elle s’appuie sur des milliers de pages de documents internes de l’entreprise. Ce qu’elles révèlent est accablant : des règles de modération plus souples pour les utilisateurs célèbres, des changements d’algorithme qui favorisent les contenus qui divisent, une réaction jugée insuffisante face à la désinformation sur les vaccins ou au trafic d’êtres humains, et surtout des études internes montrant les effets d’Instagram sur la santé mentale des adolescentes.

La source de ces documents reste d’abord anonyme. Le 3 octobre 2021, elle se dévoile dans l’émission américaine 60 Minutes : Frances Haugen, ingénieure et cheffe de produit, entrée chez Facebook en 2019 dans l’équipe chargée de l’« intégrité civique », celle qui devait lutter contre la désinformation électorale. Après la dissolution de cette équipe au lendemain de la présidentielle américaine de 2020, elle a perdu confiance, rassemblé des preuves et quitté l’entreprise en mai 2021.

Deux jours plus tard, le 5 octobre 2021, elle témoigne devant une commission du Sénat américain. Sa phrase fait le tour du monde : selon elle, la direction de l’entreprise sait comment rendre Facebook et Instagram plus sûrs, mais refuse de faire les changements nécessaires. Elle sera ensuite entendue par le Parlement britannique, puis par le Parlement européen. Quelques semaines plus tard, Facebook change de nom de groupe pour devenir Meta.

C’est ce bras de fer entre une ingénieure, un journaliste et l’une des entreprises les plus puissantes du monde que Sorkin a choisi de mettre en scène, presque cinq ans jour pour jour après le témoignage de Frances Haugen.

Aaron Sorkin seul aux commandes

En 2010, Sorkin n’était « que » le scénariste de The Social Network. Le film était réalisé par David Fincher, et le duo avait décroché trois Oscars, dont celui du meilleur scénario adapté pour Sorkin. Depuis, le scénariste de la série À la Maison-Blanche est passé derrière la caméra avec Le Grand Jeu, Les Sept de Chicago et Being the Ricardos.

Pour The Social Reckoning, il signe à la fois le scénario et la réalisation. Le film est présenté comme une suite, ou plutôt un « compagnon », du film de 2010 : on n’y retrouve pas les personnages de Harvard, mais une même obsession pour le pouvoir de Facebook et la personnalité de son fondateur. Un lien technique relie les deux films : le directeur de la photographie Jeff Cronenweth, qui avait déjà éclairé The Social Network. La musique, en revanche, change de style : elle est signée Alexandre Desplat, après la partition électronique de Trent Reznor et Atticus Ross.

Le tournage s’est déroulé à Vancouver, au Canada, d’octobre à décembre 2025, sous le titre de travail « Goliath ». Tout un programme.

The Social Reckoning

Un casting en or

C’est sans doute l’atout numéro un du film. Dans le rôle de Frances Haugen, on retrouve Mikey Madison, oscarisée en 2025 pour Anora. Face à elle, Jeremy Allen White, révélé par la série The Bear, incarne le journaliste Jeff Horwitz.

Et Mark Zuckerberg ? Jesse Eisenberg, qui l’interprétait en 2010, n’a pas repris le rôle. C’est Jeremy Strong, l’inoubliable Kendall Roy de Succession, nommé aux Oscars pour The Apprentice, qui lui succède. Un choix qui en dit long : Strong est l’un des acteurs les plus intenses de sa génération, et son Zuckerberg adulte, désormais à la tête d’un empire, n’a plus grand-chose de l’étudiant pressé de 2010.

Autour d’eux, la distribution réunit Wunmi Mosaku, Bill Burr, Betty Gilpin et Billy Magnussen.

Les premiers avis : solide, mais dans l’ombre de Fincher

Le film sort le 9 octobre aux États-Unis, et les premières réactions de la presse américaine sont tombées ces derniers jours. Elles sont partagées, mais plutôt bienveillantes.

Les critiques s’accordent sur plusieurs points forts : des dialogues ciselés, du Sorkin pur jus, et un duo Mikey Madison et Jeremy Allen White qui porte le film avec une vraie alchimie. Jeremy Strong impressionne en Zuckerberg malgré un temps d’écran limité. Le film assume aussi un propos clair et en colère contre les pratiques de Facebook, jusqu’à un final qui relie l’algorithme du réseau social à l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021.

Les réserves portent surtout sur la mise en scène. Beaucoup jugent que le film souffre de la comparaison avec The Social Network et que la patte visuelle de David Fincher manque. Le site 25YL lui donne 3 étoiles sur 5 et le décrit comme un éditorial efficace qui privilégie l’argumentation à la profondeur des personnages. D’autres critiques estiment que le sujet arrive un peu tard, cinq ans après les faits.

Pourquoi ce film tombe à pic

On pourrait croire l’affaire Haugen vieille histoire. Ce serait une erreur. Les questions qu’elle soulevait n’ont jamais été aussi actuelles : l’effet des réseaux sociaux sur les adolescents, la responsabilité des algorithmes dans la polarisation du débat public, la modération des contenus, le poids politique des géants de la tech. En Europe comme en Amérique du Nord, la régulation des plateformes et la protection des mineurs en ligne restent au cœur des débats.

The Social Reckoning a aussi une vertu rare : il rend lisible une affaire technique, faite de documents internes, de tableaux de données et d’auditions parlementaires. C’est exactement ce que Sorkin sait faire de mieux, transformer des dossiers arides en duels verbaux.

Faut-il aller le voir ?

Si vous avez aimé The Social Network, la réponse est oui, à condition de ne pas attendre le même film. The Social Reckoning est moins une fresque sur l’ambition qu’un thriller journalistique, dans la lignée des Hommes du Président ou de Spotlight. Si vous vous intéressez à ce que les réseaux sociaux font de nos vies, il vous donnera matière à réfléchir et à débattre en sortant de la salle.

Et si vous ne l’avez jamais vu, profitez-en pour (re)voir The Social Network avant : les deux films se répondent, et le portrait de Zuckerberg à seize ans d’écart vaut à lui seul le double programme.

Écrit par: Axel Tessier