Non, je n’ai pas à avoir peur

Non, je n’ai pas à avoir peur

14 janvier 2020 4 Par Aymeric Dallinge

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J’ai longuement hésité sur le thème de cette première chronique. Pour dire vrai, voici déjà quelques jours que je cogite sur son contenu et la question qui persistait : « mais qu’est-ce que j’ai bien à leur raconter ? ».
Je me suis retrouvé coincé dans le paradoxe de l’envie d’écrire et des doutes sur ma légitimité.

Ce soir, tout s’éclaire. 

J’aimerais vous dire tant de choses. Pouvoir réussir à questionner votre esprit, interpeller votre opinion, déchaîner les passions. Je vais laisser le temps faire les choses. Avant, nous devons nous rencontrer, s’apprivoiser, se courtiser. Je dois réussir à vous séduire et vous inviter à venir visiter mon monde. 

Pour notre premier rendez-vous, j’ai choisi de me livrer. C’est vrai que l’on ne se connait pas. Parler à quelqu’un d’inconnu ? Drôle d’idée, me direz-vous. 
Alors, qu’est-ce qui nous lie vous et moi ? Nous n’avons aucune idée de ce qu’a vécu l’un ou l’autre d’entre nous. Pourtant, nous partageons tant de choses.

J’ai eu peur. Il y a tant de moments où je me suis retrouvé pétrifié jusqu’à ne plus savoir quoi faire. Enfant, j’avais peur de faire faux. Il était hors de question que je puisse décevoir maman. Puis, à l’adolescence, j’avais peur de ne pas réussir quoi que ce soit. C’était un pointé zéro niveau confiance en soi. En tant qu’adulte encore, j’ai peur.
J’ai eu mal sous les coups de mon ex-compagnon et j’ai angoissé que cela puisse se répéter. J’ai transpiré avant un entretien de travail. J’ai tremblé devant un ancien responsable. Ce sont des épisodes qui font partie de la vie, que ce soit pour moi ou bien l’un de vous.

Par contre, aujourd’hui, je n’ai pas à avoir peur d’être celui que je suis. Vous ne voyez peut-être pas où je veux en venir. Mais, pourtant, il y a tant de gens qui, au quotidien, ont peur pour leur vie avec pour seule raison, leur identité. Dans le monde dans lequel nous vivons, il y a de ceux qui ne peuvent pas vivre dans la lumière. L’inquiétude guette leurs journées. Les zones sombres et ruelles désertes sont le fruit d’angoisses.
Et non, ce n’est absolument pas normal. Il est temps que les choses changent et que chacun puisse se réaliser au nom de son être, simplement. Je ne peux laisser les idéologies de quiconque atteindre et écraser les rêves d’autres. Il n’est pas question de liberté de croyance ou d’expression, il s’agit du droit d’aimer et d’être respecté.

Ce week-end j’ai choisi d’affirmer clairement l’amour que je partage au quotidien. N’importe qui d’autre pourrait le faire. Cependant, dans mon cas, cela a éveillé pleins de sentiments. Bien sûr, les messages bienveillants et riches ont été beaucoup plus nombreux et épanouissants. Malgré ceux-là, la peur a réussi à venir se glisser.

 « Faites attention à vous les garçons. »« Vous êtes sûrs de vouloir vous afficher comme cela ? »« Tu n’as pas peur des retours négatifs ? »

Non, je n’ai pas à avoir peur. D’ailleurs, les autres non plus.

Malheureusement, c’est bien trop souvent le cas. Il est temps qu’un cliché montrant l’amour ne soit plus un acte militant mais quelque chose de courant. Nous devons nous réjouir de voir de l’amour. Au pire, nous pouvons jalouser ce qui nous manque. Là, encore, c’est un sentiment normal. Par contre, non, il n’est pas du tout acceptable que nous restions cachés, tapis dans l’ombre. J’ai envie de vous voir prendre la main de la personne que vous aimez. Je me réjouis d’assister à vos baisers puisque seul l’amour compte, peu importe le genre, la sexualité et l’identité.

Notre rencard aboutira sur un deuxième rendez-vous pour certains d’entre vous. Pour d’autres, celui-ci sera le dernier. Je ne vous en voudrais pas. Je comprends. Chaque rendez-vous ne peut pas être un coup de coeur. Peut-être que vous aurez envie de revenir. Et, si c’est le cas, revenez, n’ayez pas peur de ce que je puisse penser.

J’ai choisi de vous accorder ma confiance dès le début. Risqué ? Même pas peur !