LOL

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13 février 2020 0 Par Aymeric Dallinge

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Nous en sommes à notre cinquième rendez-vous. J’ai probablement réussi à charmer certains d’entre vous. D’autres s’en sont allés. Ce n’est pas grave. On m’a souvent dit que « l’on ne peut pas plaire à tout le monde ».

Depuis notre rencontre, nous avons abordé plusieurs sujets. J’ai tenté de vous booster sur le sens que vous donnez à la vie. Je vous ai invité à sourire aux gens que vous rencontrez. J’ai crié à l’enlèvement de l’hiver et je me suis affirmé pour ne plus avoir peur. Peut-être que, sans le savoir, je vous ai fait rire. Qui sait. Sachez que ce n’était pas conscient. Mais aujourd’hui, nous pouvons dire qu’une relation s’installe entre vous et moi. Je peux donc commencer à sortir quelques blagues. Mais avant, qu’est-ce qui vous fait rire ? Parce que c’est difficile de savoir qui rit de quoi. Les blagues sur les blondes, les belges, les homos, les femmes, et j’en passe, sont une valeur sûre. Tout le monde rigole. Non ?

Figurez-vous que l’humour a ses limites même si nous avons tendance à rire de tout. 

Mes propos du jour ont trouvés illustration dans la lecture de « 🤣 »* par Frédéric Beigbeder. Je pensais être le seul à trouver que nous vivions une ère d’overdose d’humour. Je suis las de l’excuse de la liberté d’expression portant atteinte à la dignité d’autrui. D’ailleurs, la votation du 9 février dernier a réveillé tous les angoissés à l’idée de ne plus pouvoir faire de blagues salaces sur les homos. Quel dommage de ne plus pouvoir dire « tu feras attention à la savonnette. HAHAHA ». J’ai une bonne nouvelle pour vous. Votre humour parfois nauséabond a encore de vieux jours devant lui. C’est bête mais pas assez violent pour qu’une loi punisse ces piètres mots.

Le constat est affolant. Savons-nous encore ce que c’est que de rire ? Ce moment où vous riez tellement que vos zygomatiques s’enflamment et que vos larmes noient le sol. Sommes-nous tellement déconnectés du vécu que le rire est devenu la seule porte de sortie à tout ? Le malheur des uns fait l’hilarité des autres. Se moquer a remplacé épauler ou soutenir. Navré, mais ceci ne me convient pas. « Les blagues les plus courtes sont les meilleures » entends-je. 

Je ne dis pas qu’il ne faille plus rire. Je questionne simplement le crédit que nous donnons à ce qui provoque certains éclats. Je me poile comme un gnocchi devant un bonhomme seul sur scène. Pourtant, dès ma sortie, je retrouve le désespoir de mon quotidien. Quel est le sens que j’aimerais donner à ma soirée ? Je ris seul. Pourtant, ma compagne, mon compagnon, ma mère ou mon père se trouve à côté sans que nous n’ayons aucune interaction. Ai-je atteint le nombrilisme ultime ?

J’aime à penser que les échanges entre humains sont plus profonds que de se retrouver dans le même espace-temps. J’aime à rêver de longues discussions. J’ose espérer des soirées entières à jouer. J’ai l’envie de rire avec mon amoureux plutôt que de rire de lui. Tous ces espoirs me semblent idéalisés quand je constate que « c’est quoi le code wifi? » a remplacé « comment vas-tu? ».

* L’homme qui pleure de rire, Frédéric Beigbeder, 2020, Edition Grasset