Je me casse

Je me casse

8 mars 2020 0 Par Aymeric Dallinge

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J’ai longuement hésité à écrire sur le sujet. Je me suis abstenu de toute prise de position écrite jusqu’ici. Pourtant l’envie n’a pas manqué. En ce jour, j’ai décidé de m’exprimer. Non pas pour parler au nom de celles. Au contraire. Je suis partisan de dire que la parole doit rester attribuée à qui de droit. J’ai plutôt l’intention de parler au nom de ceux. Ces hommes qui ne désirent pas être assimilés à ceux qui s’estiment au-dessus de tout. Cachés derrière le nom de la réussite.

Aujourd’hui, c’est la journée internationale de lutte pour les droits des femmes*. Cette semaine, de nombreuses offres promotionnelles ont pointé le bout de leur nez. Comme chaque année à chaque fête bouffée par le capitalisme. Mais, sachez que ce ne sont pas des roses que nous voulons, ni même des rabais sur du maquillage ou des vêtements. Pour les femmes*, nous voulons des droits légitimes et affranchis. Pas question d’adopter des lois alibis ou je ne sais quoi d’autre. Mais, au-delà du juridique, nous voulons qu’elles puissent avoir la parole et que celle-ci soit considérée à sa juste valeur. Nous voulons une écoute attentive des revendications clamées haut et fort. Nous voulons une protection adéquate pour éviter le prochain féminicide, celui de trop. Comme ceux qui suivront, face à l’inactivité. Nous voulons des actes forts comme l’est le poids de la lutte. Il est temps que l’énergie s’inverse et que l’on cesse de primer d’immondices coupables d’horreur protégés au nom de l’art ou de la littérature. Nous devrions décerner des prix à celles qui osent briser le tabou. Là est la véritable victoire. Je ne citerai que deux exemples, enfin trois. J’espère que toutes les autres comprendront. N’y voyez pas là un manque d’attention. Sachez que je suis fervent défenseur de votre droit à la parole et puissiez hurler vos peines et vos douleurs.

Adèle Haenel, Vanessa Springora, voici deux femmes à qui je pense fortement aujourd’hui. Celles-ci se sont élevées face à deux monstres couverts par la gloire. L’une s’est levée et cassée. L’autre a mis des mots forts sur la terreur vécue durant de longues années. Le premier point commun qui unit ces deux femmes est l’ignorance des gens autour. Ils savent parfaitement ce que ces hommes ont fait mais poursuivent leur soutien inconditionnel. Par loyauté ? Quelle loyauté ? Celle du mensonge, de la trahison et surtout du voeu de silence des victimes ! Je n’accepte pas ce système qui censure la douleur et qui donne beaucoup trop de crédit à la violence. Il est temps que cela cesse, et pour de bon. Alors oui, comme l’a dit Virginie Despentes dans sa tribune, on se lève et on se casse. Qu’on soit un homme ou une femme. La lutte n’a pas de genre.