Auditeurs:
Meilleurs auditeurs :
biboo radio feel the music
play_arrow
Helveticum #07 : L’aventure "Elementary Evolution" avec Jocelyn Moret et Jonathan Ruppen biboo.ch
today04/03/2026
Le Festival International du Film de Fribourg (FIFF) s’apprête à marquer l’histoire. Pour sa 40e édition, qui se tiendra du 20 au 29 mars 2026, l’événement fribourgeois ne se contente pas de souffler des bougies. Il déploie une programmation monumentale de 114 films issus de 62 pays. Avec 13 premières mondiales et une ambition intacte, le FIFF réaffirme son identité : celle d’un guetteur infatigable, un festival qui regarde le monde en face, sans détourner les yeux des réalités les plus brûlantes de notre époque. Pour les fidèles de biboo.ch, c’est le rendez-vous culturel incontournable du printemps suisse.
Thierry Jobin, directeur artistique du Festival, le rappelle avec force : depuis sa création, le FIFF est le porte-voix du nécessaire. Il y est question de liberté d’expression, d’émancipation et de lutte. Cette édition jubilaire est une invitation à l’émotion pure, mais aussi à la réflexion profonde. Entre les murs des salles de cinéma et les nouveaux espaces de fête comme le Nomad Wood Nest, Fribourg devient durant dix jours l’épicentre d’un dialogue universel entre cinéastes et cinéphiles.
La sélection officielle de cette année est un miroir tendu aux soubresauts du globe. Sur les 27 grandes premières de la compétition internationale, chaque œuvre semble porter en elle une urgence vitale. Le public sera confronté à des vérités qui bousculent les consciences, explorant des contextes historiques et contemporains denses. On pense notamment à Ky Nam Inn qui nous replonge dans les tourments de la guerre du Vietnam, ou à Honeymoon, un long métrage ukrainien poignant qui suit un couple cherchant désespérément la sécurité dans leur propre appartement sous les bombes russes.
Ces récits ne sont pas seulement des documents historiques ; ce sont des narrations intimes. Le cinéma du FIFF, c’est celui qui s’aventure rarement dans le confort. On y traite de la répression en Iran avec Divine Comedy ou de la dictature chilienne avec Hangar Rojo. Pourtant, malgré la gravité des sujets, l’espoir reste le fil conducteur. La satire et l’humour s’invitent d’ailleurs dans cette danse nécessaire, prouvant que la comédie est parfois le meilleur outil pour dénoncer l’absurde. A Sad and Beautiful World, qui représentera le Liban aux Oscars 2026, ouvrira le bal avec une vision lumineuse, tandis que le film argentin Homo Sapiens? viendra clore le festival avec un sarcasme salvateur sur les lâchetés ordinaires.

Célébrer un 40e anniversaire, c’est aussi l’occasion de regarder dans le rétroviseur sans pour autant céder à la nostalgie. La section « Décryptage : La 1e édition du FIFF » propose un voyage temporel fascinant en projetant cinq des sept films qui avaient inauguré l’aventure en 1980. C’est un hommage aux origines et à la raison d’être de ce festival qui a su transformer Fribourg en une fenêtre ouverte sur le monde. Une table ronde permettra d’ailleurs de comprendre comment ce terreau local a pu faire germer un projet d’une telle envergure internationale.
Le festival rend également un hommage vibrant à visions sud est. Ce fonds d’aide au cinéma, véritable pilier du soft power suisse, a malheureusement disparu suite à des coupes budgétaires de la DDC. Le FIFF a choisi de mettre en lumière l’impact de cette manne financière qui, avec seulement 500 000 francs par an, a permis la naissance de près de 250 films. À travers la section « Bye bye visions sud est », les spectateurs pourront découvrir des diptyques associant un court métrage révélé par le festival et un long métrage de la même personne, dont la production n’aurait jamais été possible sans ce soutien crucial.
Thématique centrale de cette édition, la représentation des figures maternelles sur grand écran fait écho à Magda Bossy, la « maman du FIFF » et fondatrice du festival. Longtemps cantonnés aux seconds rôles ou aux archétypes, les personnages de mères occupent aujourd’hui une place centrale pour raconter les combats de l’émancipation et du féminisme. Ce focus sera notamment marqué par la projection du mythique Volver de Pedro Almodóvar, suivie d’un enregistrement live du podcast Le Point J de la RTS, offrant un espace de discussion public sur ces enjeux de société.

L’engagement du FIFF pour la parité et la reconnaissance des talents féminins se concrétise également par le premier Fribourg Cinema Award. Ce prix à la carrière, créé avec l’Université de Fribourg, est décerné à la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania. Son œuvre, dont le film The Voice of Hind Rajab est considéré comme l’un des plus essentiels de l’année 2025, sera mise à l’honneur à travers la projection de cinq de ses films fétiches. C’est une reconnaissance méritée pour une cinéaste qui, elle aussi, refuse de détourner le regard.
Le FIFF ne se vit pas uniquement dans le noir des salles obscures. Cette année, le festival s’empare de la ville avec une énergie nouvelle. Le Nomad Wood Nest, un pavillon spectaculaire en bois suisse installé sur les Grand-Places, deviendra le nouveau cœur battant de l’événement. Ce lieu d’échange accueillera les festivaliers pour des soirées festives, incarnant la volonté du président Mathieu Fleury de rassembler tous les publics autour du septième art.
La dimension sensorielle du festival passe aussi par l’assiette. Depuis 2023, la gastronomie est devenue un pilier de la programmation avec « Les Délices du FIFF ». Cette année, après la projection du succès de Pierre Monnard, Hallo Betty, les spectateurs pourront déguster le célèbre toast hawaïen de Betty Bossi, revisité par le chef du restaurant gastronomique La Cène. Des saveurs colombiennes seront également à l’honneur en lien avec la section « Nouveau Territoire », offrant une immersion totale dans la culture de ce pays sud-américain.
Enfin, la musique et la mémoire visuelle complètent ce tableau jubilaire. Le documentaire We are all Young Gods, consacré au groupe mythique fribourgeois The Young Gods, sera projeté en première mondiale. En parallèle, des expositions photographiques et des projections de « Lettres d’amour au FIFF » — des témoignages vidéos envoyés par des artistes du monde entier — transformeront les espaces publics, comme le passage sous-voies de la gare, en galeries d’art à ciel ouvert.
Le FIFF 2026 s’annonce comme une édition totale, où le cinéma est à la fois un outil de combat, un vecteur d’émotion et un prétexte à la fête. Que vous soyez un cinéphile pointu ou simplement curieux de découvrir d’autres horizons, Fribourg vous attend pour célébrer quarante ans de passion et de résistance culturelle.
Écrit par: Raoul Lionel
06:00 - 09:00
au bureau, à la maison, le temps passe plus vite avec biboo radio
09:00 - 12:00
60 minutes 100% francophone
12:00 - 13:00
© biboo.ch | tous droits réservés / biboo radio fait partie du bouquet INITIALRADIO